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Romain Gary, né Roman Kacew à Vilnius en 1914, est élevé par sa mère, ancienne actrice fantasque qui a pour son fils de grands projets. A l’âge de 14 ans, il s’installe avec elle à Nice. Il étudie le droit puis s’engage dans l’aviation en 1940. En 1945, son premier roman est publié et rencontre le succès. La même année, il entre au quai d’Orsay conjuguant ainsi une carrière d’écrivain et de diplomate. En 1956, il reçoit le prix Goncourt pour Les racines du ciel. En 1980, seul et déprimé, il se suicide. Il révèlera alors dans un document posthume qu’il écrivait également sous le nom d’Emile Ajar, auteur de La vie devant soi, roman ayant obtenu le prix Goncourt en 1975. Il reste à ce jour le seul écrivain ayant obtenu deux fois le prix Goncourt.

La première partie du roman commence sur une plage de Californie où Romain Gary, alors adulte, plonge dans les souvenirs de son passé. Les anecdotes s’enchaînent dans chacun des chapitres sans véritables liens.


Extrait du film Le temps des secrets de Christophe Barratier sorti en 2022 https://www.youtube.com/watch?v=O0PUp2LXsxQ
Rétrospective de la vie de Romain Gary suite à son suicide : https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/cab8001942201/retrospective-romain-gary

J'avais déjà près de neuf ans lorsque je tombai amoureux pour la première fois. Je fus tout entier aspiré par une passion violente, totale, qui m'empoisonna complètement l'existence et faillit même me coûter la vie.
Elle avait huit ans et elle s'appelait Valentine. Je pourrais la décrire longuement et à perte de souffle, et si j'avais une voix, je ne cesserais de chanter sa beauté et sa douceur. C'était une brune aux yeux clairs, admirablement faite, vêtue d'une robe blanche et elle tenait une balle à la main.
Je l'ai vue apparaître devant moi dans le dépôt de bois, à l'endroit où commençaient les orties, qui couvraient le sol jusqu'au mur du verger voisin. Je ne puis décrire l'émoi qui s'empara de moi : tout ce que je sais, c'est que mes jambes devinrent molles et que mon cœur se mit à sauter avec une telle violence que ma vue se troubla. Absolument résolu à la séduire immédiatement et pour toujours, de façon qu'il n'y eût plus jamais de place pour un autre homme dans sa vie, je fis comme ma mère me l'avait dit et, m'appuyant négligemment contre les bûches, je levai les yeux vers la lumière pour la subjuguer. Mais Valentine n'était pas femme à se laisser impressionner.

Romain Gary
La promesse de l’aube, In Première partie, chapitre XI
1960