Taille texte


Espace lettres


Espace mots


Espace lignes

René Guy CADOU (1920-1951) est le fils d’un couple d’instituteurs et il a passé une enfance heureuse à la campagne dont il gardera toujours la nostalgie. A l’âge de 7 ans, il découvre la ville de Saint-Nazaire, puis Nantes où il fera ses études, endeuillées par la mort de sa mère lorsqu’il a 12 ans, rendues encore plus difficiles ensuite par la guerre et la mort de son père. Il est mobilisé en juin 1940 avant d’être démobilisé dès octobre. Il travaille aussitôt comme instituteur. Durant sa courte vie, il exerce le même métier que ses parents près de Nantes. Ses premiers poèmes ont rendu hommage à sa mère. Il a publié son premier recueil de poésie à 17 ans. Il fondera en 1941 avec Jean Bouhier l’École de Rochefort qui réunit un groupe de jeunes poètes amis, revendiquant la liberté d’expression et une proximité avec la Nature. Durant la seconde Guerre mondiale, deux recueils paraîtront : Bruits du cœur et Lilas du soir (1942) et un roman, La Maison d’été (1955), paru cependant après sa mort. Il n’avait que 31 ans.

René Guy CADOU a rencontré la poétesse Hélène LAURENT, le 17 juin 1943 et évoque un coup de foudre immédiat : «Toute la journée, je vis bleu », écrit-il. Ils se fiancent dès le mois de novembre à Bordeaux où Hélène poursuit des études de philosophie et où il la retrouve. Dans le premier poème des « Quatre poèmes d’amour à Hélène », il a comparé sa bien-aimée à un fleuve. Le second poème est composé de 6 quatrains d’alexandrins dans lequel l’auteur n’a pas utilisé de ponctuation à l’exception du point final.


Interprétation de la chanteuse Marie Bernard : https://www.youtube.com/watch?v=6j6NNeTaHMg
Lecture de Serge Reggiani de la première et de la dernière strophe https://www.youtube.com/watch?v=b3G7tu3A_ng
Morice Benin chante René-guy Cadou : https://www.youtube.com/watch?v=ACms8JNYGJc

1
Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires
 
Dans les années de sécheresse quand le blé
 
Ne monte pas plus haut qu'une oreille dans l'herbe
 
Qui écoute apeurée la grande voix du temps


5
Je t'attendais et tous les quais toutes les routes
 
Ont retenti du pas brûlant qui s'en allait
 
Vers toi que je portais déjà sur mes épaules
 
Comme une douce pluie qui ne sèche jamais


9
Tu ne remuais encor que par quelques paupières
 
Quelques pattes d'oiseaux dans les vitres gelées
 
Je ne voyais en toi que cette solitude
 
Qui posait ses deux mains de feuille sur mon cou


13
Et pourtant c'était toi dans le clair de ma vie
 
Ce grand tapage matinal qui m'éveillait
 
Tous mes oiseaux tous mes vaisseaux tous mes pays
 
Ces astres ces millions d'astres qui se levaient


17
Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres
 
Pétillaient dans le soir ainsi qu'un vin nouveau
 
Quand les portes s'ouvraient sur des villes légères
 
Où nous allions tous deux enlacés par les rues


21
Tu venais de si loin derrière ton visage
 
Que je ne savais plus à chaque battement
 
Si mon cœur durerait jusqu'au temps de toi-même
 
Où tu serais en moi plus forte que mon sang.


René Guy CADOU
Hélène ou le règne végétal , II, in Quatre poèmes d'amour à Hélène (Je t’attendais…)
1945