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Azouz Begag est né en 1957 à Lyon de parents d’origine algérienne. Il passe son enfance dans le bidonville du Chaâba à Villeurbanne. Il est aujourd’hui docteur en économie, homme politique mais aussi écrivain. Il est l’auteur d’une cinquantaine de romans et d’essais.

Dans Le Gone du Chaâba, publié en 1986, Azouz Begag raconte son enfance dans le bidonville du Chaâba près de Lyon et notamment son rapport à l’école où il fait tout pour être reconnu comme un bon élève.


La morale terminée, le maître annonce que, jusqu'à 11 h 30, nous allons faire une rédaction.
Sujet : « Racontez une journée de vacances à la campagne. » Je sors de mon cartable une feuille double, plante ma plume dans l'encrier et démarre sans brouillon ma composition. Mes idées sont déjà ordonnées. Je ne peux pas lui parler du Chaâba, mais je vais faire comme si c'était la campagne, celle qu'il imagine. Je raconte l'histoire d'un enfant qui sait pêcher au filet, qui chasse à la lance, qui piège les oiseaux avec un tamis... Non. Je raye cette dernière phrase. Il va dire que je suis un barbare. L'enfant sait aussi reconnaître presque tous les volatiles, les œufs, les reptiles, les fruits sauvages, les papillons, les champignons. Sa mère lui a appris à tirer le lait des mamelles de Bichette, leur chèvre. Avec ses copains, il fait du rodéo sur son dos comme sur les moutons qui sont attachés dans le pré. En conclusion, j’écris que le petit garçon est heureux à la campagne.
Le temps a passé. Il faut rendre les devoirs.

Azouz Begag
Le Gone du Chaâba ,  
1986