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Andrée Chedid nait, le 20 mars 1920, dans une famille syro-libanaise au Caire. Elle suit des études de journalisme à l’université cairote et commence à écrire, en 1943, en anglais. En 1946, elle s’installe à Paris et adopte la nationalité française. Elle choisira alors l’écriture en langue française. Elle s’illustre dans différents genres : poèmes, romans, nouvelles, théâtre, essais. La condition humaine, les relations humaines, l’altérité et l’Orient sont les thèmes récurrents de son œuvre.

L’autre est un roman qui se passe dans un pays méditerranéen non identifié. Simm, un vieil homme, traverse, à l’aube, un village endormi en compagnie de son chien Bic. Il passe devant un hôtel sur la façade duquel apparait un jeune visage inconnu.


Andrée CHEDID https://www.franceculture.fr/emissions/voix-nue/andree-chedid-15-hommage https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i10023948/andree-chedid https://www.lumni.fr/programme/en-sortant-de-l-ecole-collection-andree-chedid
L’AUTRE https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i10022942/andree-chedid-l-autre

Ainsi, mes observations personnelles sur le comportement des filles ne m’avaient pas encore permis de formuler un jugement définitif, lorsqu’un jour mon père employa une expression qui me livra tout le secret.
En parlant de la nièce de M. Besson, qui s’était cassé un bras en tombant d’un arbre, il avait dit : « Cette petite est un garçon manqué ! »
Je compris cette phrase à ma façon, qui n’était sans doute pas la bonne : mais ce n’était pas la première fois qu’une grande découverte était née d’une erreur d’interprétation.
Pour moi, ces mots « garçon manqué » signifiaient que les filles n’étaient qu’un faux pas de la nature, le résultat d’une erreur au cours de la création d’un garçon.
Voilà pourquoi elles rougissaient sans motif, riaient d’un rien, pleuraient pour moins encore, et vous griffaient pour un compliment ; voilà pourquoi ne sachant ni siffler ni cracher, elles tombaient des arbres, inventaient d’inutiles mensonges et se livraient en cachette à des manigances devant les miroirs…
C’étaient des « garçons manqués… »
Moi, garçon réussi, je ne rougissais jamais, je ne riais pas sans motif, et personne (sauf ma mère) n’aurait pu dire qu’on m’avait vu pleurer. Moi, j’étais fort, et Clémentine m’appelait quand il fallait porter un seau plein d’eau ; je savais siffler comme un oiseau, et même en repliant ma langue sous deux doigts. Quant à cracher – je le dis sans modestie – j’égalais Mangiapan, qui, dans ses bons jours, lançait des étoiles de salive jusqu’à cinq ou six mètres – et je n’étais jamais tombé d’un arbre comme le fragile « garçon manqué ».
Cependant, tout le monde s’intéressait aux filles, et sans que je pusse comprendre pourquoi, il me fallait bien reconnaître qu’elles me plaisaient.

Andrée Chedid
L’Autre, In chapitre 2, LA SECOUSSE 
1969